vendredi 6 avril 2018

TextMaster

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Il y a deux jours, je vois cette info passer dans mes flux : Première sortie d’envergure pour eFounders, avec le rachat de TextMaster par Technicis. Article qui commence ainsi :
Technicis, numéro 3 européen de la traduction, a fait l’acquisition de la start-up SaaS TextMaster, [créée] en 2011 par Thibault Lougnon, Alexandre Ponsin et Benoit Laurent...
En décembre 2011 (les 7, 8 et 9) s'est tenu à Paris le salon LeWeb 2011 autour du thème « SoLoMo » (Social, Local, Mobile), conférence que j'ai pu couvrir à l'époque pour le blog Presse-Citron d'Éric Dupin, avec les trois billets suivants :
  1. Synthèse et premier jour
  2. CoSoLoMo
  3. Le tour du Web’11 en 80 billets
Voici le nuage sémantique de la conférence :


Or TextMaster, alors opérationnelle en béta depuis quelques mois et lancée un mois avant LeWeb11, était présente à la conférence :


Ainsi je m'étais mis d'accord avec Benoît Laurent sur le principe d'une interview bloguée que j'aurais publiée dans Presse-Citron, et en rentrant à Rome je l'ai contacté le 15 décembre par un premier message :
Ceci dit, il est clair que l'interview portera sur l'opposition entre un service comme TextMaster et les traducteurs de métier (profession que j'exerce depuis plus de 25 ans), quelles sont les différences, ou mieux, quelle est la rupture, malgré tout y voyez-vous des complémentarités possibles, quels sont les plus pour les clients dans l'un et dans l'autre cas, la valeur ajoutée du service selon vous, parmi les marchés de la traduction, quel segment visez-vous, qu'est-ce qui vous a donné l'idée du service, êtes-vous traducteur vous-même, etc.
Suivi le lendemain par les 7 questions de l'interview : 


Le 18, Benoît m'envoyait ce mail : « Désolé pour cette réponse tardive. Je fais mon maximum pour répondre à vos questions pour le milieu de la semaine. », mais je n'ai plus jamais eu de nouvelles par la suite...

Donc, 7 ans plus tard et à la lumière de ce rachat, je vais me répondre moi-même en rassemblant quelques-uns des éléments collectés ces dernières années dans le cadre de ma veille sur TextMaster !

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1. En quelques mots, qu'est-ce que TextMaster, et quand et comment est née l'idée du service ? 

En commentant un billet intitulé TextMaster et le feuillet à 1 euro : création de valeur ou la familiarité du médiocre ?, Benoît précisait : « J’ai été moi aussi rédacteur pendant plusieurs années et c’est de cette expérience qu’est née l’entreprise ». Qu'il décrivait dans une autre interview comme « première plateforme à la demande dédiée à la traduction et à la rédaction de textes sur Internet », ayant recours au « crowdsourcing professionnalisé », ou, pour mieux dire, comme « plateforme dédiée à la chaîne de production de contenu texte : création, traduction et révision ». À l'époque l'interface du site se présentait ainsi :


Traduction, rédaction & correction par des professionnels

2. Même si le service propose des prestations d'auteurs (rédaction pure) et de traducteurs, a priori distincts, l'annonce en première page indiquant que "nos auteurs maîtrisent 8 langues" peut prêter à confusion. De même que la fourchette tarifaire proposée en une (Dès 0,005 € par mot pour le client / Jusqu'à 0,090 € par mot pour l'auteur/traducteur) pourrait apparaître incompatible en première lecture. N'y a-t-il pas, à ce niveau-là, un problème de lisibilité de l'offre "TextMaster" ? 

Dans le commentaire cité au point 1, Benoît ajoutait ceci :
Après toutes ces choses, sachez que TextMaster est une entreprise très jeune. Nous n’avons que 5 mois de recul par rapport à l’usage de la plateforme mais nous sommes en permanence à l’écoute des auteurs et des clients qui peuvent tous témoigner de notre attention. Il est tout de même important de noter qu’aujourd’hui, de nombreuses personnes travaillent ponctuellement ou régulièrement pour TextMaster. Parmi les auteurs les plus actifs, certains ont déjà 250 000 mots à leur actif et gagnent plus de 1000€ par mois.
Ce passage est particulièrement important car il permet de calculer la "rémunération" des "professionnels" sur TextMaster. Je m'explique : si certains (les mieux payés du lot...) ont à leur actif 250 000 mots en 5 mois, c'est qu'ils ont une moyenne de 50 000 mots par mois pour gagner environ 1000 €. Donc, prix par mot payé au "professionnel" : 0,02 centimes ! Soit une misère qu'aucun professionnel de ce nom n'accepterait jamais, pas même sous la torture !
Mais pour être encore plus explicite, continuons notre calcul : 50 000 mots par mois de 25 jours (laissons de côté le dimanche...), ça nous donne 2000 mots/jour, qui est effectivement une moyenne assez indicative de ce que peut produire un traducteur professionnel travaillant en conditions normales.
Donc 2000 mots x 0,02 c = 40€ par journée de 8h, soit 5€ de l'heure. Une fois enlevés les impôts, les cotisations sociales et les frais divers, voyez vous-même ce qu'il reste au "professionnel" pour vivre...

Benoît poursuit : « Je vous l’accorde, c’est encore peu (!!!) mais à ce rythme, ils factureront assurément 2000€, voire 3000€ d’ici la fin de l’été. »

OK. Soyons optimiste et poursuivons dans le sillage indiqué par le CEO de TextMaster. Pour doubler et pour tripler la rémunération du "professionnel", il convient de doubler et tripler proportionnellement les quantités, soit d'abord passer à 100 000 mots puis à 150 000 mots par mois, « d'ici la fin de l'été ». Or ce commentaire a été posté en mars, ce qui suppose de doubler au printemps et de tripler à l'été, en passant initialement à 4000 mots/jour, puis à 6000...

Sans rentrer dans les détails, ces quantités sont purement et simplement intenables dans la durée pour un traducteur "humain", croyez-en la parole de quelqu'un qui vit plutôt dignement de ce métier depuis plus de 30 ans...

3. Je vous cite : « TextMaster offre à ses clients, agences, PME ou grandes entreprises un service de qualité à des prix défiant toute concurrence pour des besoins ponctuels (articles, brochures, contrats) ou des projets d'envergure (bases de données, listing). »
Or, pour revenir sur les prix, l'annonce d'un tarif dès 0,005 € par mot pour le client n'est-elle pas incompatible avec des « textes de qualité » rédigés, traduits et corrigés « par des professionnels », et surtout, la proposition d' « un service de qualité à des prix défiant toute concurrence » n'est-elle pas incompatible dans ses termes mêmes ? 

Laissons tomber un instant la question "des prix défiant toute concurrence" pour passer à celle du "service de qualité" que promet TextMaster à ses clients. Dans ses conditions générales d'utilisation autant que dans ses conditions générales de vente, nous trouvons une déclaration dupliquée à l'identique qui précise respectivement :
Responsabilités de TextMaster
TextMaster décline toute responsabilité vis-à-vis du Contenu produit, corrigé ou traduit via ses Services. Le cas échéant, TextMaster transmettra aux autorités compétentes les coordonnées de l’Auteur responsable du Contenu incriminé.

Responsabilité de TextMaster
TextMaster décline toute responsabilité vis-à-vis du Contenu produit, corrigé ou traduit via ses services. Le cas échéant, TextMaster transmettra aux autorités compétentes les coordonnées de l’Auteur responsable du Contenu incriminé.
Et d'ajouter, dans ce deuxième cas :
Vous reconnaissez utiliser les Services en l’état et acceptez que ces Services vous soient fournis tels quels et sous réserve de disponibilité. 
En particulier, TextMaster ne garantit en aucun cas : 
- que votre utilisation des Services sera conforme à vos exigences ; 
- que votre utilisation des Services sera ininterrompue, possible à tout moment, sûre et dénuée d’erreurs ; 
- que toutes les informations obtenues suite à votre utilisation des Services seront exactes ou fiables ; 
- que les défauts de fonctionnement ou de disponibilité des Services seront corrigés. 
En outre, TextMaster exclut expressément toutes garanties et conditions de tout type, explicite ou implicite, y compris, sans s’y limiter, les garanties et les conditions implicites de qualité marchande, d’adéquation à un usage particulier et d’absence de contrefaçon. 
(...) 
TextMaster ne saurait être tenu responsable de tout dommage direct, indirect, fortuit, spécial, consécutif ou exemplaire, quelle que soit la manière dont il a été causé ou la responsabilité invoquée, y compris et sans limitation, les pertes de profits (directes ou indirectes), les pertes de renommée ou de réputation, les pertes de données que vous êtes susceptible de subir, les coûts de fourniture de biens ou de services de substitution ou toute autre perte non matérielle. 
En tout état de cause et quel que soit la nature du dommage subi, le Client reconnaît expressément que la responsabilité de TextMaster ne pourrait dépasser, en toute hypothèse, le montant payé par le Client pour l’exécution du Service concerné.
La totale ! Donc promettre la qualité, sans fautes (quelle que soit la nature...), sans engager sa responsabilité ni garantir à aucun moment la qualité fournie n'est qu'une pauvre démarche marketing, pleine de promesses mais vide de sens. Totalement incompatible avec la promesse d'un professionnel de la traduction, dont la responsabilité personnelle, civile et pénale, est engagée pour chaque traduction livrée. Mais bon, il est clair que nous ne sommes pas des plateformes. Non, décidément, nous ne faisons pas le même métier.

4. Si elle n'est pas incompatible, peut-on savoir, en moyenne, combien perçoit un auteur/traducteur qui fait de la prestation de service pour TextMaster, ou tout au moins si le seuil de rémunération perçue suffit à garantir un niveau de vie décent adapté à un professionnel (en sachant qu'un traducteur de métier est quelqu'un dont la traduction est l'activité principale, voire exclusive, dont les revenus sont suffisants pour vivre de manière autonome et surtout, qui le fait dans le respect des règles fiscales du pays où il vit...) ? 

J'ai déjà donné une première partie de réponse à cette question au point 2, mais la question ne s'arrête pas là : chez TextMaster, les écrits qui rapportent, plus on écrit, plus on est payé. Cependant, pour arriver au dernier niveau, il faudrait écrire 5 MILLIONS de mots.

Donc, pour vous permettre une comparaison, j'ai commencé à traduire en 1985, cela fait 33 ans, durant lesquels j'ai traduit environ 80 000 pages, soit environ 16 millions de mots (en se basant sur le standard en vigueur à Rome de 200 mots par page). Autrement dit, pour un traducteur, 5 millions de mots ça représente environ 10 ans de travail à temps plein... Et dire que TextMaster n'a pas encore 7 ans d'existence !

5. En nous focalisant plus précisément sur la traduction, il est évident qu'une offre comme TextMaster introduit une rupture avec la "traduction professionnelle", dont les services coûtent forcément beaucoup plus cher. Donc y a-t-il des complémentarités possibles entre ces deux pôles, et, si oui, lesquelles ? 

Personnellement, je ne vois aucune complémentarité possible, ni aucune compatibilité, car nous ne faisons tout simplement pas le même métier !  Qui plus est, aucun traducteur "professionnel" n'accepterait jamais de travailler à de telles conditions : ça casse le marché, et jamais celles et ceux qui s'abaissent à le faire ne pourront être qualifiés de "professionnels".
C'est purement antinomique : fournir un travail de qualité exige une rémunération proportionnelle à l'effort et aux compétences nécessaires, fruit de longues années de pratique et de formation qui ne se bradent pas, pas plus que tout professionnel se respectant ne braderait la valeur de son travail.

6. Si non, en revanche, quelle est la valeur ajoutée de TextMaster, en sachant que, pour autant qu'elle coûte peu, une traduction mal faite coûtera toujours trop cher ? N'est-ce pas là le sens de ce tweet envoyé hier par un de vos clients : 
@textmaster Bjr, ça cafouille un peu la trad en niveau good sur 2500 mots. L'auteur essaye de me fourguer un copy paste Google Translate... 
Comment résoudre ce genre de problème, qui met sérieusement en doute la crédibilité et la viabilité du service ? 

Dans un article des Échos publié hier, qui salue le rachat par Technicis de Textmaster, le traducteur digital, le journaliste dit ceci (c'est moi qui souligne) :
Jusqu'à présent, TextMaster était surtout connu par les acteurs du luxe et du voyage pour lesquels la jeune pousse effectuait des travaux réputés délicats. Un positionnement qui lui permettait de facturer des prestations allant de 10 000 à 500 000 euros, soit bien plus que les prestations de commodités que l'on retrouve habituellement sur le marché.
Or le positionnement décrit est du (voire du très) haut de gamme, qui contraste manifestement avec ce que nous avons dit jusqu'à présent. Je n'ai aucune explication plausible à ce hiatus, et j'avoue mon ignorance : le modèle économique d'une plateforme telle que TextMaster me dépasse, bien qu'apparemment il soit viable puisque depuis sa création la société a levé entre 6 et 7 millions d'euros de financement, qu'elle revendique des progressions mirobolantes en termes de mots traduits et de chiffre d'affaires, et qu'elle vient d'être rachetée par Technicis, pure player numéro un de la traduction en France, très probablement pour le plus grand bonheur de ses créateurs et ses investisseurs : donc une valeur ajoutée indéniable ! À suivre...

7. Pour conclure, parmi les différents marchés de la traduction, quel segment vise le service, et comment TextMaster compte se positionner par rapport à la concurrence ?

Il faudra voir désormais comment Benjamin du Fraysseix, PDG de Technicis et nouveau patron de TextMaster, entend déployer sa dernière acquisition au cœur d'une stratégie et d'une ambition que j'ai qualifiées d'ébouriffantes dans un entretien qu'il m'a accordé via mail, auquel je consacrerai prochainement un long billet.





vendredi 16 mars 2018

La traduction commerciale au service du marketing international

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Billet invité, signé Manon Maletras (AL Traductions)

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Dans une démarche de marketing international, on a souvent tendance à prendre le mot international dans une seule de ses acceptions. C’est-à-dire vendre son produit ou son service à l’étranger. Mais les entreprises sont-elles réellement prêtes lorsque l’aspect linguistique et la communication interculturelle sont les laissés pour compte de l’expansion internationale de l’entreprise ?

Dans cet article, nous nous intéresserons surtout à l’importance pour l’entreprise d’adapter son discours marketing au pays cible. Trop souvent, la partie linguistique est négligée dans la démarche de marketing international. La communication, plus qu’un outil de marketing mix (les 4P : prix, produit, promotion, place), reste la voix de l’entreprise pour expliquer son offre aux clients. Il est primordial que l’interlocuteur puisse comprendre le message. La dimension interculturelle est capitale pour toucher le client potentiel et atteindre sa sensibilité d’acheteur. Il faut bien prendre en compte que la culture, qui inclut entres autres le langage, est un pilier de prévision du comportement d’achat. Savoir le manier habilement sera un atout pour convaincre sa cible. On peut évoquer également le marketing émotionnel qui a beaucoup de succès auprès des marques. Il est considéré très efficace auprès du consommateur et représente une autre vision du marketing et, par extension, une autre vision de la traduction des contenus marketing (cf. La transcréation une spécialité à part entière).


Le marketing digital, primordial pour les entreprises

Après le phénomène de massification du marché début des années 2000, qui complexifie la relation marque-consommateur, les acteurs du marketing ont tenté de passer outre. Naturellement, des étapes significatives ont été franchies ces vingt dernières années pour répondre à ce besoin, en corrélation avec la progression d’internet. Ainsi, le marketing digital, aujourd’hui considéré comme l’arme la plus redoutable des entreprises (s’il est utilisé à bon escient), permet de se rapprocher de son potentiel client et de prospecter plus facilement. Des informations claires et précises, accessibles en un seul clic et en un quart de seconde, un contact rapide et efficace, c’est ce que le client, de plus en plus exigeant, attend.

Cette déferlante e-marketing est souvent illustrée par le terme technique de digitalisation du marketing. Une expression qui illustre le quasi-monopole du marketing digital dans les actions, les stratégies et les investissements en marketing.


Le marketing digital : une visibilité internationale qui nécessite une communication multilingue

Qui dit marketing digital dit visibilité internationale sur le web et donc un pourcentage de cibles potentielles (internationales) qui s’accroît. En effet, à partir du moment où on souhaite exporter notre produit ou notre concept, ne communiquer que dans sa langue maternelle n’est plus suffisant. Aujourd’hui, l’anglais est devenu la « langue universelle ». On pense souvent que la traduction en anglais de notre site web par un de nos employés ou collègue qui a plus ou moins étudié l’anglais est assez pour se charger de cette lourde responsabilité. On pense encore que traduire notre site web seulement en anglais est suffisant, car au final « tout le monde parle anglais » !

Je voudrais attirer votre attention sur ces deux points : premièrement, traduire les contenus seulement en anglais peut desservir l’entreprise qui cherche réellement à se développer à l’international. On comptait en 2015 1,5 milliard de personnes parlant anglais dans le monde et l’anglais est la première langue officielle de 67 pays. Notre client potentiel peut savoir parler anglais mais ne pas être sensible au message qui ne lui est pas délivré dans sa langue maternelle. Ne pas lâcher de vue qu´être proche de son client c’est parler son langage.

L’anglais a longtemps été le langage maître d’internet et reste malgré tout aujourd’hui celui le plus utilisé dans les contenus web. On remarque quand même ces vingt dernières années une prise de conscience de l’importance du contenu multilingue et le pourcentage de contenus web en anglais est progressivement passé de 80% à près de 50%.



En 2017, on considérait que quasiment 52% des contenus sur le web était écrit en anglais. Cependant, il ne faut pas oublier les 48% des langues autres que l’anglais qui sont aussi utilisées sur internet. Un internaute aura beau être polyglotte, ce qu’il va rechercher principalement c’est un contenu traduit dans sa langue maternelle. Dans l’infographie ci-dessus, nous avons voulu démontrer la prépondérance croissante des langues autres que l’anglais sur internet l’année dernière.



Cette infographie a pour but de comparer la prépondérance de l’anglais par rapport aux autres langues sur le web. Dans notre première infographie on peut voir parfaitement la répartition des langues les plus utilisées sur internet (excepté l’anglais). Dans celle-ci, la partie grise représente la présence des contenus en anglais sur internet. On peut voir que l’anglais représente plus de la moitié des contenus web.

Deuxièmement, charger n’importe quelle personne ayant quelques notions de la langue cible de traduire le contenu web marketing est une erreur courante des entreprises et surtout des PME qui ont moins de moyens. Des erreurs de traduction conduisant à une mauvaise interprétation du client potentiel pourraient empêcher une conversion sur le web (c’est-à-dire empêcher que le visiteur du site web passe du statut de visiteur à client).

Le critique littéraire et rhétoricien anglais Ivor Armstrong Richards disait avec justesse « La traduction est probablement l’activité la plus complexe qu’ait produite l’évolution du cosmos ». En effet, traduire le sens d’un texte et sa portée est un travail complexe et de longue haleine que seul un traducteur expérimenté peut mener à bien en évitant les nombreux pièges que tend la langue.


La traduction marketing : plus qu’une simple traduction

Les agences de traduction ont adapté leurs propositions à la demande des entreprises qui se destinent à l’international. Les entreprises ne veulent plus seulement une traduction mais plutôt une réponse à leurs questions relatives à la compréhension culturelle, qui inclut aussi la dimension commerciale.

La notion de sociolinguistique, définie par le linguiste suisse Ferdinand de Saussure, explore l’essence de la traduction et on peut l’appliquer aux traductions marketing. Ce concept s’intéresse aux relations entre langage, culture et société et insiste sur leur imbrication. Selon le linguiste Pierre Achard, la sociolinguistique est « un point de rencontre entre trois questions d’origines différentes, la question sociologique de la place du langage dans les sociétés humaines et dans le processus social, la variation langagière et les problèmes que pose celle-ci et enfin la question pratique de l’utilisation sociale du langage (comment il est utilisé dans le pays en question) ».

Bizarre de comparer linguistique et marketing selon vous ? À l’heure de la traduction de contenu marketing, les éléments cités ci-dessus doivent être pris comme un tout. La compétence marketing du traducteur est un autre point fondamental. Si tous ces éléments sont réunis, on sera en mesure de publier un contenu parfaitement traduit et surtout adapté au pays cible !


De la traduction à la transcréation

Nous avons déjà parlé de l’importance du marketing émotionnel, de plus en plus utilisé par les marques pour susciter l’envie d’acheter. Les entreprises de traduction se sont adaptées et proposent désormais le service de transcréation, une adaptation émotionnelle de l’essence d’un concept marketing à un pays cible. L’essence évoque le concept et l’idée que l’entreprise veut véhiculer originellement. La transcréation va alors être une adaptation de tous les aspects du message. Le contenu va le plus souvent être complètement modifié afin de pouvoir répondre aux codes culturels du pays visé mais le message le plus important va être conservé. Dans ce cas-là, a-t-on encore affaire à une traduction ?


La transcréation, une spécialité à part entière dans certaines agences de traduction



Les personnes en charge de la transcréation possèdent des compétences identiques à celles des traducteurs (et sont le plus souvent traducteurs spécialisés dans le domaine de la localisation ou du marketing) et ils possèdent des compétences aiguisées dans la rédaction de contenu publicitaire et marketing. Une proposition de traduction professionnelle qui change littéralement les codes de la traduction standard.

Les agences de traduction parlent d’un point de rencontre entre la localisation, la traduction et la créativité de la personne en charge du projet. Ainsi, de solides compétences dans ce domaine sont requises.

Mais ne pourrait-on pas dire que la transcréation est elle-même le point de rencontre entre la traduction et le marketing, deux domaines qui semblent pourtant opposés à première vue ?



dimanche 4 février 2018

Autarcie universitaire

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Malgré de grands discours académiques se voulant toujours rassurants sur une transition facilitée entre universités et univers professionnel, je constate pour ma part une dichotomie plus que jamais présente entre ces deux mondes, l’un offrant maints diplômes théoriques à des milliers d’étudiants qui, dans la pratique, se retrouvent bien souvent sans travail sur l'autre, au terme de leur cursus universitaire, ou encore incapables de répondre à cette simple question : « Et maintenant, par où je commence ? »

Dans un ouvrage intitulé « La formation aux écrits professionnels : des écrits en situation de travail aux dispositifs de formation », coordonné par Mesdames Isabelle Laborde-Milaa, ‎Sylvie Plane, ‎Fanny Rinck et Frédérique Sitri, les auteures observent dans leur présentation :
Les relations université/monde professionnel sont fréquemment placées sous le sceau d'une dichotomie simpliste « théorie/pratique » qu'il faut dépasser. (...) Mais, comme le souligne l'un des intervenants, l'université ‒ et c'est sa raison d'être ‒ peut aider les entreprises à mieux comprendre...
Je suis quant à moi de l'opinion qu'au contraire, c'est le monde professionnel qui pourrait aider les universités à mieux appréhender la nécessité urgente de dépasser cette dichotomie, moins simpliste que réelle, pour favoriser un passage indolore des étudiants entre ces deux univers : une transition préconisée de tous les côtés, mais peu appliquée !

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En avril 2017, j'ai eu l'occasion de participer au 1er Congrès Mondial de Traductologie, organisé à l'université Paris-Nanterre. Voir ici ma présentation, qui s'accompagnait d'une contribution écrite, soumise à évaluation pour publication éventuelle dans la monographie à paraître autour de cet événement.

Six mois après la soumission de mon texte, la réponse vient de tomber :
Cher collègue, 
Nous avons le regret de vous faire savoir que votre article n'a pas été retenu pour publication. Vous trouverez ci-joint le rapport d'évaluation établi en aveugle à son sujet.
Le comité éditorial
Or la lecture de ce rapport d'évaluation, qui motive son refus de mon article en trois paragraphes, est très instructive. Je vais tenter d'y répondre, paragraphe par paragraphe.

Premier paragraphe
Ce texte analyse les doubles contraintes de la traduction commerciale et les stratégies à mettre en œuvre (avec la notion de « story telling », reprise de Christian Salmon) pour y répondre au mieux. L’ensemble ne porte pas sur la traduction elle-même, encore qu’il touche à un non-dit de ce secteur, la dimension commerciale, et qu’il ne serait pas inutile à un public de personnes visant peut-être cette activité comme futur métier. Pour se placer sur son propre terrain, on remarquera cependant que tel qu’il se présente, l’article semble partagé entre les deux objectifs retenus (description et stratégies) en laissant le lecteur opérer lui-même la synthèse entre les deux, le résumé ne retenant quant à lui que le premier. 
La première expression qui m'interpelle, fortement, est celle de « traduction commerciale », pour moi totalement incompréhensible. Or l'évaluateur utilise en trois paragraphes quatre fois l'adjectif 'commercial': deux fois « traduction commerciale », une fois « traducteur commercial », et une fois « dimension commerciale », explicitée comme un « non-dit » du secteur de la traduction !

Ce simple constat (sur lequel je n'ai aucune envie de m'étaler pour l'instant, bien qu'il y aurait beaucoup à en dire) témoigne selon moi de l'éloignement sidéral d'un universitaire par rapport à la réalité du métier qu'il serait censé enseigner ! À moins qu'il ne se contente d'enseigner une discipline, et non pas un métier... Ce qui est d'ailleurs tout l'objet de mon "article" :


puisque cela semble corroborer le fait que la formation universitaire enseigne à « être traducteur » plus qu’à « être un professionnel de la traduction »...

Ce qui est fort dommage pour les étudiants lorsqu'ils quittent l'université !

Quant à la notion de « story telling » dont je parle, elle n'a absolument plus rien à voir avec celle introduite par Christian Salmon en 2007, tel que je l'indique :
Initialement conçue pour propager des histoires d’entreprise en privilégiant une complicité émotionnelle avec leurs clients, afin de « réenchanter » la ou les marque(s), elle a beaucoup évolué en dix ans, notamment en se personnalisant.  
Adaptée à notre niveau, elle consiste à se raconter, à être le conteur de soi-même. Concept traduit en français par « communication narrative » ou « communication créative », sa finalité est de capter l’attention d’un public pour partager (voir plus haut l’étymologie de « communiquer ») une histoire avec lui, le convaincre, voire le séduire.  
« Les êtres humains souhaitent communiquer pour trois raisons. Partager. Convaincre. Séduire. Et très souvent pour les trois simultanément. » (Dominique Wolton).
Je continue : « L’ensemble ne porte pas sur la traduction elle-même... » Et il porte sur quoi ? Certes, selon mon titre, il porte tout particulièrement sur « l'exercice des métiers de la traduction », mais n'est-ce pas toujours de traduction dont il s'agit ? Mon métier c'est de traduire. Plus de 80 000 pages traduites de l'anglais et de l'italien vers le français en trente-trois ans de carrière. Sans compter l'interprétation. Trois décennies passées que je gagne ma vie en traduisant. Et selon l'INSEE, mon activité principale exercée est bien la traduction (code APE : 7430Z).

Probablement devrions-nous nous entendre sur la signification du terme traduction, dont le premier sens est : action de traduire ; résultat de cette action.

Est-ce cela que vous enseignez à l'université, cher évaluateur ? Et si vous répondez par l'affirmative, pourquoi l'enseignez-vous ? Pour la beauté de l'art ? Ou serait-ce parce que les étudiants censés tirer profit de votre enseignement fréquentent vos amphithéâtres dans la perspective de vivre un jour de ce qu'ils auront appris de vous ? Ce serait à se demander si vous vous êtes déjà posé la question du pourquoi vous enseignez !

Oh ! [L'ensemble] ne serait pas inutile à un public de personnes visant peut-être cette activité comme futur métier. Voilà qui est dit, donc. Peut-être...

Quant à la conclusion du paragraphe :
Pour se placer sur son propre terrain, on remarquera cependant que tel qu’il se présente, l’article semble partagé entre les deux objectifs retenus (description et stratégies) en laissant le lecteur opérer lui-même la synthèse entre les deux, le résumé ne retenant quant à lui que le premier.
il serait bon de rappeler qu'en vue de la publication, le texte, inédit, ne devait pas dépasser « 30 000 caractères espaces compris au maximum », et qu'il m'a donc été impossible de développer les stratégies comme je l'aurais souhaité. Ceci dit, elles étaient mieux explicitées dans ma présentation, ces deux documents étant complémentaires.

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Deuxième paragraphe
L’ensemble se présente ainsi comme une sorte de vade-mecum du traducteur commercial, écrit dans la langue d’un spécialiste des stratégies de construction d’une image de marque individuelle, et donc de conquête des faveurs d’une éventuelle clientèle. Il utilise un vocabulaire spécialisé qui n’est pas toujours explicité (« curation »). En fait, l’objectif est plus étroitement centré encore par son orientation vers les pratiques de communication sur internet. De là aussi le langage, et les formes d’écriture propres au billet, ou plus largement au blog, que l’auteur pratique par ailleurs. Ce qui explique les nombreux points de suspension, les crochets carrés, les paragraphes courts (parfois même paragraphes-phrases), ainsi que d’autres aspects techniques, mais surtout l’absence de références précises concernant les textes cités (de Darwin, Wolton, Branson, Jarvis et Godin), et le fait que la bibliographie renvoie presque intégralement à des sites internet. Le langage et le style correspondent à ce type d’échange, et visent à maintenir le contact avec un lecteur peut-être prompt à passer à un autre texte à la moindre difficulté de déchiffrage. 
Idem : que veut dire vade-mecum du traducteur commercial ? Passe pour le vade-mecum du traducteur, de l'expert traducteur et interprète, ou encore pour celui relatif à l'usage de la langue française dans les organisations internationales, mais du traducteur commercial !

Écoutons M. Daniel Gouadec, qui écrivait ceci dans son livre, Profession : traducteur (première édition fin 2002, réédité jusqu'en 2010), à propos de ce profil professionnel :
1.2.3 Traducteur commercial
Le traducteur commercial traduit des documents commerciaux : factures, contrats, documents de transport, instruments douaniers, etc.
En France, il a longtemps existé un diplôme de traducteur commercial désormais tombé en désuétude. Il s'agissait de valider chez les postulants une vague compétence de traduction dans le domaine économico-commercial et de définir un " titre " permettant de singulariser les assistants commerciaux soucieux de valoriser leurs aptitudes linguistiques.
Le traducteur commercial a disparu avec la mise en place de formations et de diplômes nationaux de traducteurs.
Tombé en désuétude dès 2002 ! Il est vrai qu'on trouve encore un master Traducteur juridique et commercial à Lyon, mais je peux vous assurer que dans le métier, entre collègues, je n'ai jamais entendu personne se définir comme traducteur commercial ! Ça ne correspond à aucune réalité professionnelle et, pour paraphraser M. Gouadec, je dirais que le traducteur commercial « est ce qui reste lorsque l'on a retiré le traducteur littéraire, le traducteur [technique], le traducteur scientifique, le traducteur biomédical, le traducteur juridique, le sous-titreur, le surtitreur, le localiseur, le traducteur expert judiciaire (...), le traducteur audiovisuel et le traducteur de produits multimédia. »

Personnellement, je trouve cette utilisation de "traducteur/traduction commercial(e)" à la limite de la condescendance, et quoiqu'il en soit fortement dévalorisante pour notre profession, soit le contraire exact de ce que devraient faire tous les intervenants impliqués de près ou de loin dans ce métier, formateurs compris.

Venons-en à mon emploi d'un vocabulaire spécialisé qui n’est pas toujours explicité (« curation »), d’absence de références précises concernant les textes cités (de Darwin, Wolton, Branson, Jarvis et Godin), et du fait que la bibliographie renvoie presque intégralement à des sites internet.

Une critique irrecevable dès lors qu'il n'y a pas lieu d'expliciter des termes censés être connus en 2018, ou que mes références bibliographiques ne concernent pas des ouvrages classiques (exception faite pour Darwin, or y a-t-il encore quelqu'un qui ignore « Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s'adaptent le mieux aux changements », sérieusement ?), mais quasi-exclusivement des textes créés pour et sur Internet ?

Quoi qu'il en soit, je ne vois pas à quel titre cela autoriserait l'évaluateur à inférer que mon lectorat serait peut-être prompt à passer à un autre texte à la moindre difficulté de déchiffrage ! Là encore, une condescendance hors de propos...

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Troisième paragraphe
On imagine que cet article trouverait sa pleine place dans un manuel visant à éclairer, avertir et guider les jeunes praticiens de la traduction commerciale. Il serait sans doute éclairant pour eux, mais semblerait en décalage par rapport aux autres articles, plus scientifiques, de la future publication... De ce fait même il ne correspond pas au profil visé par ce recueil. Il me semble donc difficile de le retenir pour cette monographie. Il demanderait par ailleurs un toilettage pour en gommer les aspects formels renvoyant à l’écriture telle qu’elle tend à se pratiquer dans certains domaines internet, mais qui n’est pas toujours conforme à ce qu’on attend d’un article de recherche.
Nous voici donc au cœur du problème : mon texte dénote par rapport aux autres articles, plus scientifiques, de la future publication, rédigé dans une écriture telle qu’elle tend à se pratiquer dans certains domaines internet, mais qui n’est pas toujours conforme à ce qu’on attend d’un article de recherche.

OK, OK, peut-être aurait-il mieux valu commencer par là ! Il suffisait de le dire d'emblée, aucune nécessité de s'enliser dans un rapport d'évaluation qui tombe à côté de la plaque. Il y a trois ans déjà, l'un de mes textes n'avait pas été retenu pour publication dans une revue "sérieuse", j'imagine pour le même genre de motivations.

Pour autant, ce qui me chagrine dans cette situation, c'est qu'à force de vouloir à tout prix écrire des articles "scientifiques" conformes à ce qu'on (qui ?) attend d'articles de recherche, notre profession souffre d'un déficit chronique de valorisation...

Quant aux étudiants qui terminent leur parcours universitaire et obtiennent leur diplôme, eux aussi attendent de leur recherche qu'ils trouveront du travail : or la formation qui leur aura été dispensée pendant les années d'université suffira-t-elle pour qu'ils sachent comment se lancer dans le métier avec tous les atouts en main ?

La réponse aux évaluateurs de tout acabit...




P.S. À lire le texte qui m'a été refusé, identique à 99% à celui que j'ai soumis, hors illustrations.